Danny Weber
Android Auto et Apple CarPlay ne sont plus intouchables. GM, Rivian et Tesla veulent contrôler davantage les logiciels embarqués, les données et les services payants.
Android Auto et Apple CarPlay ont été pendant près de dix ans un standard officieux pour les acheteurs de voitures: il suffisait de brancher son smartphone pour retrouver sur l’écran du véhicule les cartes, la musique, les appels et les messages habituels. Pour les constructeurs aussi, c’était pratique, car Google et Apple prenaient en charge une grande partie du travail complexe sur l’interface et les applications. Mais l’équilibre change: General Motors a déjà décidé de retirer Android Auto de ses voitures électriques, puis d’étendre cette stratégie à toute sa gamme, en remplaçant la recopie du téléphone par son propre système conversationnel avec l’IA Gemini de Google.
La raison ne se limite pas à la volonté de reprendre le contrôle de l’écran dans l’habitacle. Android Auto a commencé comme une simple projection du smartphone, mais Google a ensuite poussé Android Automotive OS, un véritable système d’exploitation automobile qui fonctionne sans téléphone et équipe déjà plusieurs marques. Google reçoit aussi de nombreuses données sur les trajets, les itinéraires et le comportement de conduite, utiles pour la publicité et le développement de services. Les constructeurs affirment n’en voir qu’une petite partie, alors que ces données pourraient améliorer la navigation, la recharge des véhicules électriques et la fidélisation des clients. GM souligne surtout que les électriques ont besoin d’informations sur l’autonomie, la consommation d’énergie, les routes et les bornes de recharge, ainsi que d’une intégration plus profonde avec Super Cruise.
GM assure qu’un système intégré peut offrir davantage qu’une simple projection de l’écran du téléphone. L’entreprise promet un fonctionnement plus fluide grâce au matériel du véhicule, la prise en charge des appels et des applications, l’accès à Siri et Google Assistant, ainsi que des fonctions qu’elle juge impossibles avec Android Auto et CarPlay, comme Dolby Atmos dans Amazon Music. Rivian et Tesla n’ont jamais pris en charge Android Auto, en expliquant vouloir contrôler toute l’expérience utilisateur. Rivian estime aussi qu’avec les progrès de l’IA, le débat sur la recopie du smartphone perdra de son importance, car le système de la voiture pourra être intégré beaucoup plus en profondeur.
Pour les conducteurs, ce virage a toutefois un revers moins agréable. Les plateformes multimédias propriétaires ouvrent de nouvelles possibilités d’abonnement aux constructeurs. GM a déjà évoqué ce potentiel, et le marché se souvient très bien de la tentative de BMW de facturer CarPlay $80 par an, puis de ses expériences autour de l’activation payante des sièges chauffants. Chez Rivian, le service Connect+ coûte $150 par an, et Tesla facture aussi ses fonctions cellulaires premium $150 par an. Même les marques qui conservent Android Auto cachent de plus en plus certaines options derrière des périodes d’essai et des services payants. GM avait également accepté de payer $12,75 millions dans une affaire californienne liée à la confidentialité, preuve que les données automobiles sont devenues un sujet très sensible.
Le principal obstacle à l’abandon d’Android Auto pourrait venir des acheteurs eux-mêmes. Beaucoup de conducteurs disent clairement qu’ils ne veulent pas d’une voiture sans intégration smartphone familière, et la lassitude face aux abonnements ne fait qu’aggraver l’irritation. Android Auto et CarPlay restent donc présents dans la plupart des voitures de l’année-modèle 2026, tandis que les constructeurs traditionnels ont déjà montré plusieurs fois qu’il leur était parfois plus difficile de créer de bons systèmes multimédias que de fabriquer des voitures. La tendance est tout de même claire: certaines marques veulent reprendre le contrôle de l’écran, des données et des services, même si les acheteurs n’apprécient pas vraiment l’idée.
© A. Krivonosov